En Europe, la recherche fondamentale, de long terme, est essentiellement une mission de service public. Le lien entre recherche fondamentale et recherche appliquée (de moyen terme) y est peu présent, or c'est surtout cette dernière qui est à l'origine des standards (industrie, informatique, qualité, etc.) - (*).

Le secteur privé, lui, se concentre surtout (à l'exception de certaines grandes entreprises) sur des activités de court terme comme le pilotage « par la rentabilité financière » ou la « gestion des opérations » et intervient peu sur les questions relatives à la recherche appliquée.

Par contre, aux Etats-Unis, le secteur privé (PME comprises) est beaucoup plus dépendant du secteur public et s'associe donc plus naturellement aux activités de recherche fondamentale ou appliquée. Ainsi, public et privé se retrouvent sur ces activités de long, moyen ou court terme sans distinction de taille ou de surface financière. Ce sont pour ces raisons, entre autres, que bon nombre de standards nous viennent traditionnellement des Etats-Unis.

Dans un contexte de "Mondialisation" des échanges commerciaux, la montée en puissance des pays « émergeants » (Asiatiques notamment) provoque la paupérisation du tissu manufacturier Européen (coût du travail, compétitivité, etc.). Pouvant difficilement s’aligner sur les politiques RH pratiquées dans ces pays, les entreprises Européennes ont axé leurs efforts sur la compétitivité et l’efficience de leurs chaines de valeurs et processus (Production, Supply chain, marketing, etc.). Ces moyens trouvent aujourd’hui leurs limites et la "survie" long-terme des entreprises manufacturières Européennes passe par un meilleur contrôle des marchés locaux afin d'en "limiter" ou "verrouiller" les accès aux acteurs tiers. Ce fut d’ailleurs l’une des bases des politiques « marketing » suivies jusqu’alors mais, désormais, les lancements de produits se font beaucoup à l’échelle mondiale, sans distinguer les différentes « spécificités régionales ».

Cette "réappropriation" des marchés locaux passe donc par une nouvelle et nécessaire restructuration des filières concernées (y compris une redéfinition du rôle octroyé à la Distribution) et, surtout, une plus grande participation dans la définition des standards qui structureront, demain, ces mêmes filières. Pour y parvenir (notamment pour ce qui concerne les standards d’échange entre les acteurs économiques), les Technologies de l’Information et de la Communication (TIC) doivent devenir LE levier stratégique des Directions générales, ce qui, si l’on considère les organigrammes des entreprises Européennes ou les budgets alloués dans ce domaine, est loin d’être le cas (Les Systèmes d’Information sont, la plupart du temps, considérés comme un « Centre de Coûts »).

Les standards en matière de « TIC » (entre autres), longtemps considérés en Europe comme "principe d'ouverture" (et cheval de Troie pour certains) peuvent ainsi devenir un "moyen de contrôle des marchés" et une « arme de Guerre économique » - (**). Les entreprises Européennes, handicapées par rapport à leurs consœurs Etats-uniennes, se doivent donc d’investir, sous peine de déclin programmé, les organismes internationaux de standardisation et participer activement à l’élaboration de règles respectant leurs propres intérêts.

--
(*) Quelques projets co-financés par la commission Européenne ou les Etats membres font exception.
(**) Sans pour autant laisser l'intérêt des consommateurs en marge ni occulter les problèmes de vie privée des citoyens de l'Union.

Philippe Gautier © 2007.